Crédit-vendeur : vendre son entreprise avec un paiement échelonné

Crédit-vendeur dans une cession d'entreprise ou de fonds : principe, garanties du cédant (privilège, nantissement, caution), clauses et rôle du séquestre.

Beaucoup de reprises ne se font que parce que le cédant accepte d'être payé en partie plus tard. Le crédit-vendeur réduit l'effort de financement du repreneur, rassure sa banque et montre que le vendeur croit à l'avenir de l'entreprise. Pour le cédant, c'est aussi un risque : celui de ne jamais percevoir une partie de son prix si la reprise tourne mal. Voici comment fonctionne le crédit-vendeur, les garanties qui le protègent et la façon de sécuriser les autres parts du prix.

Points clés

  • Le crédit-vendeur étale une partie du prix sur plusieurs années pour faciliter la reprise.
  • Il se protège par des sûretés : privilège du vendeur (fonds), nantissement des titres, caution, garantie bancaire.
  • L'échéancier, les intérêts et l'exigibilité anticipée doivent être écrits dans l'acte.
  • Le séquestre sécurise les autres parts du prix : comptant à la signature, complément, retenue de garantie.

En bref

Avec un crédit-vendeur, le cédant reçoit une partie du prix à la signature et le reste par échéances. Protégez le différé par une sûreté adaptée (privilège du vendeur pour un fonds, nantissement des titres pour une société, caution ou garantie bancaire), écrivez l'échéancier et l'exigibilité anticipée, et sécurisez la part comptant et les éventuels compléments de prix via un séquestre.

Le crédit-vendeur : principe et usages

Le crédit-vendeur complète l'apport du repreneur et son emprunt bancaire. Il est souvent remboursé sur quelques années, avec des intérêts, et parfois différé pour laisser au repreneur le temps de s'installer. Les banques le voient d'un bon œil : le cédant reste intéressé à la réussite de la reprise. Le crédit-vendeur se pratique pour des cessions de titres comme pour des cessions de fonds de commerce, où il est une piste pour acheter un fonds de commerce avec peu d'apport.

Les garanties du cédant

Garantie — Cession concernée — Point d'attention

Privilège du vendeur et action résolutoire — Fonds de commerce — Inscription au greffe dans les 30 jours de l'acte

Nantissement des titres cédés — Parts ou actions — Sa valeur suit celle de la société en difficulté

Caution personnelle du repreneur — Toutes — Dépend de son patrimoine personnel

Caution d'un tiers ou garantie bancaire — Toutes — Coût pour le repreneur, mais solvabilité du garant

Sur un fonds de commerce grevé de plusieurs inscriptions, l'ordre d'inscription détermine l'ordre de paiement des créanciers : la date compte.

Ce que le contrat doit prévoir

le montant différé, l'échéancier et le taux d'intérêt ;

un éventuel différé de remboursement au démarrage ;

l'exigibilité anticipée du solde en cas d'impayé, de revente ou de procédure collective ;

les sûretés consenties et leur date d'inscription ;

l'articulation avec le prêt bancaire du repreneur, la banque pouvant demander que le crédit-vendeur lui soit subordonné.

Ce que le séquestre sécurise, et ce qu'il ne fait pas

Un séquestre bloque une somme qui existe : il ne peut pas garantir une échéance que le repreneur n'a pas encore. Il ne remplace donc pas les sûretés d'un crédit-vendeur. En revanche, il sécurise les autres parts du prix, celles qui génèrent le plus de tensions le jour de la signature et dans les mois qui suivent :

le comptant : provisionné avant la signature, libéré à l'acte ;

le complément de prix : provisionné dès la signature, libéré selon le résultat ;

la retenue de garantie d'actif et de passif : bloquée pendant la durée de la garantie.

Crédit-vendeur ou complément de prix : ne pas confondre

Les deux mécanismes paient le cédant après la signature, mais ils ne répondent pas au même problème. Le crédit-vendeur est une dette certaine : le prix est fixé, seul son paiement est étalé, et le cédant supporte le risque que le repreneur ne puisse pas rembourser. Le complément de prix est une somme incertaine : elle n'est due que si un objectif est atteint, et le cédant supporte le risque que l'objectif soit manqué. Le premier règle un problème de financement, le second un désaccord sur la valeur.

Critère — Crédit-vendeur — Complément de prix

Montant — Certain, fixé à l'acte — Conditionnel, selon un objectif

Problème résolu — Financement du repreneur — Écart de valorisation

Risque du cédant — Défaut de remboursement — Objectif non atteint ou mal mesuré

Protection — Sûretés (privilège, nantissement, caution) — Clause précise et séquestre du montant

Beaucoup de cessions combinent les deux. Dans ce cas, écrivez séparément leurs échéances et leurs garanties : un impayé sur le crédit-vendeur ne doit pas pouvoir servir de prétexte pour retenir le complément, et inversement.

Concrètement : un prix en trois parts

Exemple : cession d'une entreprise pour 300 000 €. 210 000 € payés à la signature (apport et prêt bancaire du repreneur), 60 000 € de crédit-vendeur sur trois ans garantis par un nantissement des titres et une caution, 30 000 € de complément de prix si le chiffre d'affaires se maintient à un an. Les 210 000 € sont provisionnés en séquestre avant l'acte et libérés à la signature ; les 30 000 € sont provisionnés à la signature et libérés selon le résultat. Le cédant n'a plus qu'un risque à suivre : le crédit-vendeur, couvert par ses sûretés.

Pour le cadre complet d'une cession de titres, voir vendre sa société ; pour un fonds, vendre un fonds de commerce.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un crédit-vendeur ?

Le cédant accepte qu'une partie du prix de cession lui soit payée plus tard, en une ou plusieurs échéances, souvent avec des intérêts. Il facilite le financement du repreneur et rassure la banque, puisque le cédant montre qu'il croit à la poursuite de l'activité.

Quelle part du prix représente un crédit-vendeur ?

Il n'existe pas de règle. Selon les praticiens, il porte souvent sur une part minoritaire du prix, remboursée sur quelques années. Le montant dépend de la capacité de remboursement de l'entreprise reprise et des autres financements du repreneur.

Comment le cédant peut-il se protéger en cas de crédit-vendeur ?

Par des sûretés : privilège du vendeur et action résolutoire pour un fonds de commerce, nantissement des titres cédés pour une cession de parts ou d'actions, caution personnelle du repreneur ou d'un tiers, garantie bancaire. Le contrat prévoit aussi l'échéancier, les intérêts et l'exigibilité anticipée en cas d'impayé.

Un séquestre peut-il garantir un crédit-vendeur ?

Pas directement : un crédit-vendeur est un paiement différé que le repreneur n'a pas encore, alors qu'un séquestre bloque une somme qui existe déjà. Le séquestre sécurise en revanche les autres parts du prix : le comptant versé à la signature, un complément de prix conditionnel ou une retenue au titre de la garantie de passif.

Solution SEQUR : Séquestre fonds de commerce et cession de société : sécuriser chaque somme